Trump menace le statut de Jérusalem : Jérusalem entre les lignes (‘Ami Artsi עמי ארצי) (fr)

ENTRE LES LIGNES

Tous s’agitent.

Il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre.
Il y a ceux qui crient « Enfin ! » et ceux qui s’exclament « Jamais ! »
Il y a ceux qui applaudissent et ceux qui condamnent.
Il y a ceux qui disent que c’est un visionnaire, un novateur et ceux qui constatent qu’il ne fait que rappeler des évidences
Il y a ceux qui déclarent que la paix est maintenant possible et ceux qui prétendent qu’il menace les chances d’arriver à un accord entre les deux parties.
… Mais je n’ai encore jamais vu qui que ce soit se pencher sur ce que Trump essaie de dire depuis le début au sujet de Jérusalem. Moi non plus, je n’avais pas compris… jusqu’aujourd’hui.

Le danger ne réside pas dans ce qu’il a dit mais dans ce qu’il ne prononce pas mais répète inlassablement.

Mai 2017 :
Le report du déplacement de l’ambassade U.S. de Tel Aviv à Jérusalem.

Trump a repoussé de six mois le déplacement de l’ambassade U.S de Tel Aviv à Jérusalem, précisant qu’il comptait toujours le faire mais que ce n’était qu’un report afin, disait-il, de « favoriser l’obtention du meilleur accord de paix possible entre les parties ».  Certains n’ont retenu que la 1ère partie « Il compte toujours le faire », d’autres se sont concentré sur la 2ème partie « Ce n’est qu’un report », mais je n’ai lu personne condamner ce qui était, de facto, suggéré et qu’on retrouve systématiquement quelque soit l’interprétation que l’on fait des mots de Trump : Jérusalem est sur la table des négociations !

Jamais Israël n’a accepté de négocier sur le statut de Jérusalem, jamais il n’a accepté d’envisager de remettre en question le caractère unifié et indivisible de la capitale d’Israël, Jérusalem. Même Yits’hak Rabin, signataire des accords d’Oslo, incarnation ambulante des concessions territoriales n’avait jamais accepté l’idée d’une re-division de Jérusalem !

L’air de rien, Donald Trump établit ce point comme négociable. Israël et les Juifs de par le monde, ne dénonçant pas ce fait en accepte implicitement le principe.

Avril 2017 :
Annonce imminente

Le bruit court selon lequel Trump va faire une révélation de la plus haute importance qui pourrait bien être le déplacement de l’ambassade U.S de Tel Aviv à Jérusalem. Les esprits commencent à s’échauffer et certains menacent Trump d’un embrasement de la région en cas de déplacement de l’ambassade. L’administration Trump tente de rassurer « L’ambassade ne sera pas transférée à « Jérusalem-Est » mais à « Jérusalem-Ouest ». Mais ça ne calme pas la colère de ses soi-disant opposants.

Pourtant ce que fait Trump est assez roublard et va complètement dans le sens de ce que souhaite les ennemis d’Israël :

  • Justifier sa décision, c’est comme s’en excuser auprès de personnes légitimement contrariées
  • Parler de Jérusalem Ouest et Est, c’est prétendre que la ville est divisée et donc qu’une partie de la capitale est moins légitime à Israël que l’autre.
  • Parler de Jérusalem Ouest et Est, c’est rappeler ce qu’avait exprimé Trump précédemment de manière tacite sur le fait, selon lui, que le statut de la ville est négociable parce qu’une partie de la ville est, alors, légitimement revendiqué par l’autre camp.

Décembre 2017 :
Discours

Ce ne sera, en fait, pas un acte mais des mots que Trump prononcera au sujet de Jérusalem… Et que dit-il dans ce discours ? Bien sûr, il souligne le fait que Jérusalem est bien la capitale du peuple et de l’Etat d’Israël, ça, c’est ce que tout le monde semble avoir retenu de son discours et toute l’attention est, volontairement ou non, focalisée sur cet aspect-là de son discours, mais il faut bien se rendre à l’évidence : même si cela peut sembler nécessaire, il rappelle une réalité objective, rien de plus, comme il en convient lui-même quand il dit

« This is nothing more or less than a recognition of reality. » 

(« Ce n’est rien de plus ou de moins qu’une reconnaissance d’une réalité. »)

En revanche ce qu’implique son discours et qui est vraiment nouveau, c’est de déclarer encore plus clairement et officiellement ce qu’il a à peine suggéré auparavant : Jérusalem est négociable, que certaines parties de Jérusalem ne sont pas sous le contrôle légitime de l’Etat d’Israël et que le statut de Jérusalem en tant que capitale de l’Etat juif est, donc, de fait, sujet à caution…

Penchons-nous de plus près sur son discours…

« Jerusalem is today and must remain a place where Jews pray at the western wall, where Christians walk the stations of the cross, and where Muslims worship at Al-Aqsa Mosque. »

(« Jérusalem est aujourd’hui et doit rester un lieu où les Juifs prient au Mur Occidental, où les chrétiens marchent sur les stations de la croix, et où les musulmans prient à la mosquée Al-Aqsa. »)

« In the meantime, I call on all parties to maintain the status quo at Jerusalem’s holy sites, including the temple mount, also known as ‘Haram al-sharif.« 

(« En attendant, j’appelle toutes les parties à maintenir le statu quo dans les lieux saints de Jérusalem, y compris le Mont du Temple, également connu sous le nom de ‘Haram al-Sharif.« )

Ces deux phrases sont dites à un moment différent du discours de Trump, ce qui fait qu’on ne fait pas forcément le lien entre l’une et l’autre, voire que l’on a « oublié », en quelque sorte, la première lorsque la seconde arrive… Pourtant ces deux phrases parlent bien de la même chose : les lieux saints à Jérusalem et leur caractère intrinsèquement inviolable. 

Qui a été accusé récemment (à tort) par la presse internationale de violer le statu quo ? Les Juifs ou les Arabes ?

Qui a été accusé de profaner la mosquée al-Aqsa (ce qui, en novlangue arabe inclut toute la périphérie de la mosquée elle-même et désigne la totalité du Mont du Temple), de « souiller al-Aqsa de leurs pieds sales » ? Les Juifs ou les Arabes ?

Trump ne dénonce pas l’intox selon laquelle le statu quo sur le Mont du Temple aurait été violé, au contraire, il la confirme officiellement.

C’est pour cela que dans sa première phrase, il précise « y compris le Mont du Temple, également connu sous le nom de ‘Haram al-Sharif. »

Non seulement il déclare clairement les évènements auxquels il fait référence (la présence des Juifs sur le Mont du Temple, la police israélienne sur le Mont du Temple, les portiques les caméras de sécurité sur le Mont du Temple, mais il souligne que le Mont du Temple est aussi connu sous le nom de ‘Haram al-Sharif et que c’est aussi un lieu saint musulman (on ne parle plus là de la mosquée al-Aqsa, mais de la totalité du Mont du Temple ! Il offre donc sur un plateau aux Arabes la reconnaissance américaine de la totalité du Mont du Temple comme lieu saint musulman !). Selon Trump, la place des Juifs est en dessous, au Kotel, au Mur des Lamentations, et cela doit rester ainsi (cf. 1ère partie de la 1ère phrase)). C’est le Kotel leur lieu saint, pas le Mont du Temple…

Alors qu’en réalité, c’est exactement l’inverse : le lieu le plus saint pour les Juifs, c’est le Mont du Temple, mais puisque les musulmans menacent de massacres dès qu’un Juif y met les pieds, nous nous contentons du Kotel !

Trump parle de statu quo, donc des accords israélo-jordaniens puis il appelle le Mont du Temple par son nom arabe ‘Haram al-Sharif, et pas par son nom hébreu « Har Habayit ». Il le nomme avec son nom anglais « Temple Mount », son nom arabe « ‘Haram al-Sharif » , mais pas avec son nom hébreu « Har Habayit » !

Et un paragraphe plus loin, Trump dit 

« Peace is never beyond the grasp of those willing to reach it. »

(« La paix n’est jamais hors de portée pour ceux qui veulent l’atteindre. »)

suggérant que si la paix ne vient pas, c’est à cause de la violation du statu quo (le statu quo n’implique pourtant pas l’extérieur de la mosquée al-Aqsa !) de la présence juive, et israélienne sur le Mont du Temple ‘Haram al-Sharif !

« We are not taking a position of any final status issues, including the specific boundaries of the israeli sovereignty in Jerusalem or the resolution of contested borders. Those questions are up to the parties involved.« 

(« Nous ne prenons pas position sur les questions de statut final, y compris sur les limites spécifiques de la souveraineté israélienne à Jérusalem ou la résolution des frontières contestées. Ces questions sont laissées aux parties impliquées.« )

Là, il le révèle clairement et officiellement : Jérusalem sera négociée.

« Without question, Jerusalem is one of the most sensitive issues in those talks. The United States would support a two-state solution if agreed to by both sides. »

(« Sans aucun doute, Jérusalem est l’une des questions les plus sensibles de ces pourparlers. Les États-Unis soutiendraient une solution à deux États si les deux parties en conviennent. »)

C’est pourtant déjà très précisément ce que font les Etats-Unis, alors que l’Etat d’Israël refuse la « solution » à 2 Etats ressassée depuis Oslo (conscient qu’elle n’apporte aucune sécurité à l’Etat juif et que l' »Autorité Palestinienne » montre des signes évidents d’hostilité et de mauvaises dispositions envers Israël), en rendant Jérusalem négociable et à nouveau les territoires négociables, et en les posant d’emblée sur la table des négociations, etc…

« …if agreed to by both parts » / « …si les deux parties en conviennent »

Il s’agit-là d’une clause de style que tout le monde a pris au pied de la lettre comme une liberté laissée par Trump aux deux parties concernées, une formule de politesse qui signifie « J’attends de vous cela » du même genre que « Si vous voulez bien vous donner la peine de… ».

De plus, le fait de dire

« Jerusalem is one of the most sensitive issues in those talks »/ « Jérusalem est l’une des questions les plus sensibles de ces pourparlers »

signifie assez clairement, là encore, que Jérusalem est incluse dans les pourparlers, et donc, qu’elle est négociable.

Décembre 2017 :
Report

Le discours de Trump a immédiatement été suivi d’un nouveau report du déplacement de l’ambassade U.S de Tel Aviv à « Jérusalem-Ouest », une fois encore pour permettre aux deux parties de se remettre en selle pour des négociations de paix au sein desquelles le statut de la ville de Jérusalem pourrait être négocié entre les deux parties, comprendre afin que le futur Etat de Palestine puisse avoir une partie de la ville de Jérusalem comme capitale…

C’est la raison pour laquelle l’administration Trump est revenue sur le sujet de Jérusalem le 15 décembre 2017 en y apportant un petit ajout (insistant et confirmant les dispositions répétées à maintes reprises de Trump sur Jérusalem)…

15 décembre 2017 :
Le Kotel et Jérusalem

L’ajout confirmatif apporté par l’admin. Trump sur la place des Juifs à Jérusalem et sur le statut de Jérusalem voulu par Trump est tombé le 15 décembre 2017 : Le Mur des Lamentations (le Mur occidental / le Kotel Ha Ma’aravi) est le lieu le plus saint du judaïsme (les musulmans, eux, ont le « ‘Haram al-Sarif ») devra rester sous contrôle israélien dans toutes les négociations à venir… Ce qui signifie ni plus ni moins que dans ce qui n’est pas négociable, Trump remplace officiellement la capitale unie et indivisible de l’Etat d’Israël par le Kotel… Ce qui suggère, de facto, que le reste de Jérusalem (ou tout du moins une partie de la ville) est négociable, est Jérusalem perd donc son statut d’unification et d’indivisibilité. De plus, comme évoqué précédemment, cela implique la reprise de négociations sur la base de 2 Etats pour 2 peuples partageant une même capitale… En d’autres termes, Trump base d’emblée les négociations sur le principe de la « solution » à deux Etats qu’Israël refuse aujourd’hui.

Pourtant, et vous le verrez dans un article que je suis en train d’écrire, la partition d’un pays génère des massacres à grande échelle et rien de bon n’en résulte, sauf pour les défenseurs du pan-islamisme !

‘Ami Artsi עמי ארצי

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